jeN LE T√ĒT Au XVIIe si√®cle, le meilleur endroit pour recueillir des nouvelles √† Londres √©tait l’ancienne cath√©drale Saint-Paul, un endroit qui bourdonnait de ragots sur la politique et √©tait d√©crit – ce qui est inhabituel pour un lieu de culte – comme ¬ęle bordel de l’oreille¬Ľ. Certains des informateurs √©taient des entrepreneurs; ils avaient r√©cemment commenc√© √† √©crire des ¬ęlettres de nouvelles¬Ľ qu’ils vendaient aux abonn√©s √† un prix √©lev√©. Quelque 400 ans plus tard, le mod√®le √©conomique original des journaux fait enfin son retour.

La raison pour laquelle il a fallu si longtemps pour refaire surface est que, depuis pr√®s de deux si√®cles, les journaux ont fait un voyage dans le march√© de masse qui leur a donn√© de l’ampleur, du prestige et du profit, mais qui a maintenant atteint sa fin. Ils ont pour la plupart abandonn√© la d√©pendance aux abonnements et ont plut√īt vendu en dessous de leur co√Ľt de production afin d’attirer des l√©gions de lecteurs √† vendre aux annonceurs. L’aphorisme s’appliquait aujourd’hui aux utilisateurs des plates-formes technologiques – ¬ęSi vous ne payez pas, vous √™tes le produit¬Ľ – √©tait presque aussi vrai pour les lecteurs de journaux √† l’apog√©e de la publicit√© imprim√©e.

Plus maintenant. Depuis le d√©collage d’Internet, le mod√®le commercial soutenu par la publicit√© de la presse √©crite a √©chou√©. Au cours des 20 derni√®res ann√©es, les revenus publicitaires des journaux en Am√©rique ont chut√© d’environ 80% (aux niveaux de l’√©poque de la d√©pression), tandis que le tirage a chut√© de moiti√© environ. Bien que le trafic en ligne ait augment√©, les revenus de la publicit√© num√©rique n’ont pas r√©ussi √† compenser les b√©n√©fices √©puis√©s. Les plates-formes telles que Google et Facebook sont devenues les nouveaux magnats du paysage m√©diatique. En Grande-Bretagne, par exemple, Google repr√©sente plus de 90% des revenus de la publicit√© sur les recherches et Facebook la moiti√© de la valeur de toutes les annonces graphiques, d√©clare l’Autorit√© de la concurrence et des march√©s (CMA), un r√©gulateur. Au cours des deux derni√®res ann√©es, ils ont √† eux deux d√©gorg√© 40% du trafic en ligne destin√© aux journaux nationaux. le CMA a averti en juillet que les plateformes en ligne aliment√©es par la publicit√© pourraient acc√©l√©rer le d√©clin des m√©dias d’information fiables.

Ce changement de pouvoir a conduit les journaux de nombreux pays √† plaider aupr√®s des politiciens qu’ils ont besoin d’aide face aux grandes technologies. En partie parce qu’ils ont, de par leur nature m√™me, une voix forte, ils ont suscit√© de la sympathie. Combien ils m√©ritent, c’est une autre question.

Le monde est parsem√© d’entreprises, des livres et de la musique aux voyages et aux taxis, qui ont √©t√© d√©chir√©es par la r√©volution num√©rique sans que personne ne se pr√©cipite √† la rescousse. Pourquoi les journaux sont-ils diff√©rents? Un argument est qu’une presse prosp√®re soutient le journalisme de base qui, bien que souvent d√©ficitaire, soutient la d√©mocratie. C’est raisonnable. Pourtant, il est confondu avec d’autres motivations, comme le d√©sir d’√©trangler les g√©ants de la technologie. Le r√©sultat est une panoplie d’interventions gouvernementales au cours des derniers mois visant √† mettre la pression sur Google et Facebook. En Australie et en France, les trustbusters s’efforcent de forcer le duo √† payer pour les informations auxquelles ils sont li√©s sur leurs plateformes. En Am√©rique, un sous-comit√© du Congr√®s a recommand√© ce mois-ci un ¬ęrefuge¬Ľ pour que les journaux puissent n√©gocier collectivement avec les plateformes en ligne.

Conscient de la teinte et du cri, Google propose un document. Ce mois-ci, il a promis 1 milliard de dollars sur trois ans aux journaux pour organiser le contenu des actualit√©s de son site. Certains √©diteurs y ont vu un pr√©c√©dent et un aveu tacite selon lequel Google devrait payer pour les actualit√©s. M√™me News Corp, un g√©ant des m√©dias contr√īl√© par Rupert Murdoch, qui a men√© la croisade contre les g√©ants de la technologie, a salu√© cette d√©cision. L’ann√©e derni√®re, Facebook a accept√© de payer √† News Corp des frais de licence pour l’affichage de certains articles dans son onglet Actualit√©s.

En fait, la gratitude pour les largesses des grandes technologies montre √† quel point les journaux sont d√©sesp√©r√©s pour tout paiement. Pourtant, contre des revenus de 162 milliards de dollars l’ann√©e derni√®re chez le parent de Google, Alphabet, 1 milliard de dollars est une mis√®re. Plus pr√©cis√©ment, cela ne changera pas l’√©conomie sous-jacente de l’industrie mondiale de la presse, qui a g√©n√©r√© environ 140 milliards de dollars de revenus l’ann√©e derni√®re. C’est parce que le mod√®le commercial financ√© par la publicit√© vivait de fum√©e avant m√™me qu’Internet ne d√©vore le monde ce si√®cle. Les donn√©es de Benedict Evans, qui r√©dige un bulletin d’information technologique, montrent que les journaux am√©ricains ont perdu une part de la t√©l√© depuis les ann√©es 50, bien avant le Web. La circulation a √©galement chut√© par rapport √† la population, ce qui sugg√®re que les profits ont √©t√© soutenus par la croissance √©conomique et d√©mographique, et non parce que l’industrie produisait un produit plus populaire.

Les affirmations selon lesquelles les g√©ants de la technologie pillent les journaux √† des fins lucratives semblent √©galement exag√©r√©es. Le v√©ritable √©chec est que les journaux ont perdu le contr√īle de la distribution vers Google et Facebook, ce qui rend plus difficile la mon√©tisation du trafic. C’est une erreur que certaines industries de contenu, telles que le streaming vid√©o et la musique, ont √©vit√©. De plus, une partie des dollars publicitaires g√©n√©r√©s par les grandes technologies provenait de l’introduction de nouvelles entreprises, en particulier des microentreprises, sur le march√©, plut√īt que du braconnage des annonceurs en ligne des journaux.

Les nouvelles (légèrement) meilleures

Alors ignorez les g√©missements des magnats des vieux m√©dias en d√©tresse et regardez plut√īt comment certains journaux se sont d√©j√† adapt√©s √† l’assaut num√©rique. Chiffre d’affaires au New York Times, par exemple, sont encore loin de leurs jours de gloire financ√©s par la publicit√©. Pourtant, le nombre d’abonnements a d√©pass√© 6,5 millions cette ann√©e, un nombre qui devrait donner au journal suffisamment de poids pour contourner les g√©ants de la technologie. Les tablo√Įds ont plus de mal √† transformer les lecteurs en abonn√©s, en particulier avec autant d’app√Ęts cliquables. Mais certaines publications num√©riques ax√©es sur l’actualit√©, comme Axios, qui produit des newsletters sponsoris√©es, prosp√®rent. Axios pr√©voit m√™me de p√©n√©trer les march√©s locaux, o√Ļ les journaux sont particuli√®rement en difficult√©.

La question de savoir qui paie pour le journalisme d’int√©r√™t public reste sans r√©ponse. Mais peu pensent que cela devrait √™tre Google et Facebook. Cela ¬ęporterait atteinte aux principes d’une presse ind√©pendante¬Ľ, d√©clare Alice Pickthall d’Enders Analysis, une soci√©t√© de conseil. Limiter le pouvoir des grandes technologies est une affaire de confiance dans le monde, qui ne doit pas √™tre confondue avec le renflouement des barons de la presse. La survie des journaux devrait d√©pendre des affaires et non de la r√©glementation. Comme les marchands de potins de St Paul’s, ils ont besoin de produire un produit pour lequel les lecteurs sont heureux de payer un juste prix. ‚Ė†

Cet article est paru dans la section Business de l’√©dition imprim√©e sous le titre “Bad news”

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